Éditorial

L’incroyable ascension des microbrasseries d’Amérique du Nord

Asheville

Incroyable!

Nous ne connaissons pas de meilleur mot qu’incroyable pour décrire le bond encore une fois formidable de la part de marché des bières artisanales aux Etats-Unis en 2014.

Les coureur des boires

Pas plus tard qu’en novembre 2014, lors du congrès de l’association des microbrasseries du Québec, il a été révélé que la part de marché, en terme de volume de production, des microbrasseries au Québec était de 7,1%. Dix ans plus tôt, elle était de 4,1%. Une progression intéressante, mais pas renversante de 3% en dix ans. Grâce notamment à l’apport des brouepubs, c’est surtout en consommation sur place, soit généralement en fût, que la bière artisanale québécoise se démarque avec des parts de marché au-delà des 15% versus moins de 6% sur le plus imposant marché de la consommation à domicile.

Là où la progression de l’industrie de la bière artisanale québécoise impressionne davantage, c’est probablement en terme de nombre d’établissement faisant la production, et par ricochet, la promotion de l’industrie. Lorsque nous avons rendu notre manuscrit de la Route des Grands Crus à la fin 2009, le Québec comptait 75 brasseries. Il en compte à peine cinq ans plus tard plus de 130. Un bond immense, alimenté principalement par des brasseries de petites tailles dont l’apport se mesure moins en hectolitres qu’en influence de la culture brassicole de leur coin de pays. Leurs bières comptent pour beaucoup, mais leur apport à la vie économique et surtout sociale de leurs coins de pays respectifs sont tout aussi importants.

Le sud de la Floride était considéré comme un désert brassicole il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, plus d'une douzaine de brasseries de qualité ont pignon sur rue aux alentours de Fort Lauderdale et Miami seulement.

N’empêche, la récente publication des chiffres de Brewers Association, l’équivalent américain plus musclé de l’AMBQ, a de quoi faire saliver les microbrasseries d’ici. 615 nouvelles brasseries en 2014 seulement! Évidemment, quelques 46 fermetures viennent amputer ces statistiques, mais ça donne néanmoins le vertige. Le Canada compte tout juste la moitié de 615 brasseries. En volume, la part de marché des brasseurs artisanaux compte maintenant pour 11% du marché américain. Là où ça devient intéressant, c’est que ces 11% du volume représentent plus de 19% des ventes en dollars. L’augmentation des parts de marché nous avait abasourdis en 2013, se chiffrant alors à 17% sur un an. En 2014, plutôt que de ralentir en douceur comme le marché immobilier américain, la croissance s’amplifie, flirtant avec les 20%! Pas surprenant que de plus en plus de projets soient mis sur pied afin de naviguer sur l’irrésistible vague de croissance de l’industrie.

Ces chiffres à faire rêver étant mis sur la table, où se situe le Québec dans toute cette histoire? Sommes-nous simplement quelques années en arrière, en voie, nous aussi, d’assister à une croissance fulgurante? Tout porte à penser que oui si l’on en croit la tendance généralisée de notre industrie à poursuivre le voisin américain quant aux modes de types de bières. De belles années se trouvent donc devant nous, et la perspective d’une croissance continue à moyen terme laisse présager la poursuite de l’esprit de convivialité, de collégialité, voire de collaboration qui fait le charme de l’industrie jusqu’ici.

S'il y a des brouepubs qui fonctionnent dans un hameau comme Notre-Dame-Auxiliatrice-de-Buckland, comme La Contrée photographiée ci-dessus, c'est qu'il peut y avoir des brasseries artisanales n'importe où au Québec!

Cependant, une croissance si importante, alors que l’industrie de la bière en général est à maturité, affichant années après années tantôt une modeste croissance, tantôt une maussade décroissance, est évidemment insoutenable. Qu’arrivera-t-il alors? Les brasseries existantes devront-elles couper dans leurs coûts pour survivre? La focalisation sur une clientèle régionale ciblée permettra-t-elle à une majorité d’entre elles de conserver leur âme et la fidélité de leur clientèle? Deviendra-t-il très ardu pour de nouveaux projets créatifs de tirer leur épingle du jeu et d’éventuellement atteindre le seuil de la rentabilité? Une combinaison de tous ces scénarios est envisageable, mais la grande variable inconnue demeure bien entendu la réaction des grands brasseurs.

La pénétration d’un marché représentant 7,1% des parts de marché, quand elle implique une mise en marché très distinctive, exigeante même, et un redéploiement des efforts axé davantage sur le produit que sur l’image d’une clientèle cible caricaturale, peut encore paraître trop onéreuse pour mériter un surplus d’attention des Labatt et des Molson. Cependant, quand ces 7,1% deviennent 15%, peut-on vraiment s’attendre à ce que les conglomérats ferment les yeux et ignorent l’inéluctable tendance. Sur quelles proies leurs yeux affamés se poseront-ils? Sur les brouepubs régionaux? Sur les chaînes touchant à plusieurs territoires? Sur les plus grands groupes qu’auront épargnés les Fonds FTQ de ce monde? Difficile à prévoir. Toujours est-il que quelques-uns des entrepreneurs que nous admirons aujourd’hui auront la possibilité de monétiser leurs efforts, et qu’il ne faudra pas leur en tenir rigueur. Après tout, ils auront contribué à rendre le Québec moderne substantiellement plus savoureux.

Funky Buddha
Le sud de la Floride était considéré comme un désert brassicole il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, plus d'une douzaine de brasseries de qualité ont pignon sur rue aux alentours de Fort Lauderdale et Miami seulement

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