Dégustation

La différence entre la Chicha des Quechuas et notre ‘Chicha Quechua’

Chicha Quechua

La première bière de la gamme ‘Coureurs des Boires’ est maintenant sur les tablettes de détaillants spécialisés en province. Ce que vous retrouverez dans ces bouteilles est une bière acidulée, sèche et très fruitée, faite à partir de 100% maïs blanc Jora, importé directement du Pérou et malté chez nos partenaires de la brasserie Oshlag. Mais pour pouvoir embouteiller une telle bière, nos partenaires montréalais ont dû faire usage d’ingéniosité afin que l’on puisse offrir une interprétation respectueuse des traditions quechua. À des fins de transparence, voici donc un résumé des différences entre la Chicha des Quechua et notre hommage que vous pouvez vous procurer en bouteille présentement.

Équipement :

En contrée quechua, l’acier inoxydable est quasi-inexistant. Les brasseuses utilisent de gros chaudrons en cuivre, ou en bronze, chauffés directement avec des bûches de bois d’eucalyptus. Elles transvident ensuite leur moût dans de multiples réceptacles de terre cuite afin de le refroidir, puis transfèrent ultimement le tout dans de grands bacs en plastiques qui ont l’air de poubelles bleutées. Bien évidemment, ces équipements, et les manipulations qui y sont associées, affectent grandement le rendu final de leur bière.

Chicha Quechua

Il va sans dire que nous, ici en Occident, utilisons des cuves en acier inoxydable. De plus, les manipulations de moût sont limitées, puisque des tuyaux relient chaque pièce d’équipement afin de transférer le liquide d’une phase à l’autre de son évolution. Ce simple fait construit un produit beaucoup plus lisse, plus raffiné même, puisqu’il ne touche que très rarement à l’air environnant. Et que dire des produits désinfectants que nous utilisons régulièrement et ce, à toutes les phases du brassage. La bière finale est inévitablement bien plus ‘propre’ que la version quechua.

Bouillon:

Puisque nous désirions mettre notre Chicha Quechua en bouteille et ainsi la partager à travers la province, il nous a donc fallu boullir le moût de maïs blanc malté quelque peu. Nous n’avons pas effectué un long bouillon comme si c’était une bière occidentale, mais nous avons tout de même bouilli la totalité du moût quelques minutes pendant l’empâtage. Les dames Quechua le font également, mais pas nécessairement en aussi grande quantité. Nous devions le faire pour briser les protéines en suspension et ainsi assurer que la bière embouteillée puisse survivre quelques semaines de plus, si nécessaire, sur les étagères. Un souci qui ne fait partie du quotidien des Quechua qui ne consomment jamais leur Chicha plusieurs semaines après s’être fait remplir une bouteille à la chicheria (ils boivent cette Chicha le jour même, bien sûr).

Dégustation :

Les Quechuas boivent leur Chicha dans de petits bols fait de la cosse durcie d’un fruit. En Bolivie, c’est le tutuma, un fruit réservé aux animaux, qui sert de matière première pour ces bols. Ces petits bols possèdent un léger arôme terreux qui affecte le profil de la bière, lui donnant encore plus de rusticité (comme si elle n’en avait pas assez). De plus, la majorité des chicherias, là où l’on boit ces Chichas, ne possèdent pas de planchers. Les tables et chaises sont effectivement installées sur le sol en terre. Normal, la tradition veut que l’on y verse notre première gorgée à Pachamama, ou Mère Nature, si vous préférez. C’est plus pratique d’avoir un sol terreux dans la chicheria quand tout le monde lance de la bière par terre, vous comprendrez bien. Mais cette tradition affecte également le profil aromatique de la Chicha. Lorsqu’on se penche le nez dans notre bol de tutuma (déjà muni d’un certain parfum), nous sommes entourés de cet odeur de terre qui, elle aussi, contribue à la dégustation, qu’on le veuille ou non.

Lorsque nous, dégustateurs occidentaux (bien plus riches que les Quechua des campagnes) abordons une bière, nous le faisons dans un environnement presque aseptisé, comparativement aux Quechua. Nous buvons dans un verre inodore qui nous permet de nous concentrer uniquement sur le liquide. Nous dégustons habituellement dans le confort de notre maison ou sur une terrasse (pas sur un sol humide et terreux). Cet aspect aussi changera donc votre dégustation de la Chicha Quechua.

Gazéification :

La Chicha brassée par les dames Quechua ne bénéficie d’aucun ajout de gazéification. Ses quelques bulles (il y en a très peu) sont donc naturelles, provenant de la fermentation. Comme le consommateur nord-américain est très peu habitué à boire de la bière peu gazéifiée, nous avons décidé de rendre la version bouteille plus gazeuse que la Chicha traditionnelle. Ceux qui n’auront pas fait de lectures avant d’acheter une bouteille ne se retrouveront donc pas en état de choc, n’étant pas assujettis à un verre de bière qu’ils percevraient comme ‘flatte’.

Service :

Si vous désirez boire notre Chicha Quechua en mode traditionnel, versez le contenu complet d’une ou quelques bouteilles dans un pichet. Laissez le tout dégazer quelques minutes, en remuant pour remettre les particules en suspension. Lorsque le tout est à température pièce, servez les verres. Vous percevrez alors une texture plus floconneuse, ainsi qu’un maïs plus long en bouche. Le fruité sera le même, ainsi que l’acidité rafraîchissante.

Bien évidemment, vous pouvez également déguster notre Chicha Quechua en vous versant un verre fraîchement réfrigéré. De cette façon, vous conserverez les bulles à l’occidentale et vous augmenterez le facteur désaltérant de la bière grâce à cette injection de gaz carbonique qui altère nos perceptions, faisant croire à une bière plus sèche et un tantinet plus acide.

Sur ce, khali kaq, et bonne dégustation !

Bolivie

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